Julien Randon-Furling (Université Panthéon-Sorbonne)

La ville distordue : une analyse pluriscopique des dissimilarités socio-spatiales

vendredi 22 février 2019, 11h00 - 12h00

Salle du conseil, espace Turing


Il suffit de fréquenter un tant soit peu une ville pour se rendre compte qu’elle ne se perçoit pas de la même manière depuis ses différents points. À Paris par exemple, si j’habite en bordure de Périphérique dans le 20e arrondissement et si j’explore la ville à partir de mon quartier, ma perception du taux moyen de logement social restera longtemps supérieure à sa valeur réelle dans la ville entière. Le phénomène inverse s’observe si j’habite, disons, près de la Place de l’Étoile ou du Trocadéro… L’exposé se focalisera sur une nouvelle méthode d’analyse des dissimilarités socio-spatiales d’une ville, développée à partir de cette observation et en collaboration avec Madalina Olteanu (INRA & Paris-1), William Clark (UCLA) et Antoine Lucquiaud (Paris-1).

L’idée, simple, consiste à représenter la ville par le faisceau des trajectoires obtenues en l’explorant à partir de chacun de ses points. Il s’agit en élargissant peu à peu la zone considérée autour d’un point donné de reproduire mathématiquement, pour une variable statistique donnée, la perception de la ville qu’aurait un individu l’explorant à partir de ce point. Cette méthode met en évidence les phénomènes de ségrégation et révèle par exemple l’existence d’îlots pour lesquels la trajectoire doit couvrir une distance extrême avant de parvenir à une perception proche de la moyenne de la ville. L’échelle à partir de laquelle une trajectoire converge vers la ville entière constitue ainsi une sorte de distance focale : celle qu’il faut couvrir, en partant de tel point, pour « voir clairement » la ville telle qu’elle est en réalité, dans son ensemble. Cette distance dépend de la variable considérée, ainsi que du seuil de convergence choisi. Une intégrale permet ensuite de s’affranchir à la fois de l’arbitraire dans le choix du seuil et d’identifier les points pour lesquels la convergence est presque toujours lente, y compris pour des seuils relativement élevés. Il est ainsi possible de définir un coefficient de « distorsion », qui mesure à quel point l’image de la ville, perçue en tel ou tel point, est différente de son image globale réelle. Nous présenterons des résultats sur différentes villes et sur différentes variables, notamment le logement social à Paris et la mixité ethnique à Los Angeles.